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COVID-19
06.04.2020

Lettre ouverte aux élu-e-s, pour un soutien à celles et ceux qui nous nourrissent...

Le Cannet-des-Maures, le 6 avril 2020

 

Mesdames et Messieurs les élu-e-s,

 

Dans ce contexte de crise sanitaire grave, c'est avec responsabilité, solidarité et par sens du devoir que nous, paysannes et paysans, agissons quotidiennement pour maintenir l'approvisionnement alimentaire de toutes et tous dans les meilleures conditions possibles. Nous demandons que, au même titre que pour le personnel de santé, une attention et un soutien particulier soient apportés à celles et ceux qui nous nourrissent chaque jour, afin qu'un maximum de personnes puissent avoir accès à une alimentation locale et de qualité.

Maintenir un maximum de marchés de plein vent ouverts

Depuis le début, la Confédération paysanne ne ménage pas sa peine, localement et nationalement, afin de maintenir les points d'approvisionnement locaux, en lien avec les élus locaux et les préfectures. Cette détermination a porté ses fruits, avec un assouplissement de l'interdiction des marchés et la communication d'un protocole sécurisant ce débouché indispensable pour certains producteurs.

Nous appelons les maires et préfets à travailler avec les paysan-ne-s pour mettre en place les aménagements nécessaires à la réouverture des marchés, avec l'aide du guide des bonnes pratiques que nous avons élaboré. Les mesures de précaution proposées vont bien plus loin que ce qui se pratique dans l'espace clos des supermarchés où les points de contacts sont multiples, les personnes laissées à elles-mêmes touchant les mêmes produits et se rapprochant les unes les autres.

Par ailleurs, nous rappelons que le décret autorise les personnes à s'approvisionner dans les points de vente ou auprès des producteurs de leur choix, nullement contraintes de se rendre au supermarché le plus proche, comme le laissent entendre les forces de l'ordre par endroit.

Sécuriser les filières

Les traditionnelles ventes d'agneaux et de chevreaux de Pâques sont mises à mal par la crise actuelle. L'unique engraisseur de la région risque la faillite, face à l'annulation des commandes de chevreaux. Les entreprises d'abattage et de transformation tournent parfois au ralenti pour cause de sous-effectif. Certains abattoirs anticipent la baisse de la demande en refusant de prélever les agneaux dans les élevages, au détriment des éleveurs et des éleveuses qui ne peuvent plus écouler leur production. Cela engendre une importante perte de chiffre d'affaire pour ces éleveurs.euses, immobilisé.e.s en pleine saison de production. Les agneaux et chevreaux sont alors stockés sur les fermes avec le risque de déclassement des produits (animaux trop lourds et trop gras), une charge d'alimentation élevée pour nourrir les animaux non vendus et un décalage des sorties qui désorganisent les filières.

Il est urgent de garantir le fonctionnement de ces structures de collecte, abattage et transformation et de suspendre les importations en provenance de pays tiers, comme la Nouvelle-Zélande.

Affaiblir le droit du travail ne sauvera pas les paysans

L' appel du Ministre de l'agriculture à rejoindre les champs signe le retour aux conditions de travail d'après guerre. Le monde agricole exprime des inquiétudes légitimes : perte de récoltes, défaillance de certains maillons de la chaîne agro-alimentaire, baisse de chiffre d'affaire. Mais cette peur ne saurait justifier des atteintes inacceptables au droit du travail, qui créent un précédent dangereux et risquent de perdurer au-delà de l'urgence sanitaire. L'attractivité de l'emploi agricole ne sera pas renforcée en légalisant la semaine à 60h ou en limitant la durée de repos à 9h.

Nous réclamons au contraire davantage de reconnaissance et de protection pour les salarié-e-s : respect des droits sociaux, accueil dans des conditions dignes et irréprochables sur le plan sanitaire, quels que soient le statut et l'origine des travailleurs-euses.

Ouvrir les garderies aux enfants de paysan-ne-s

Le dispositif MSA* ouvert aux paysan-ne-s pour la garde des enfants est une bonne chose mais il ne solutionne pas le problème engendré par la diminution de la main d'œuvre sur la ferme. Nous demandons à ce que les enfants des paysan-ne-s puissent être accueillis dans les garderies mises en place pour les enfants du personnel médical et de sécurité. Faute de solution de garde, le parent qui garde ses enfants sur la ferme doit pouvoir activer le service de remplacement, avec prise en charge du coût par la Région.

Indemniser les pertes économiques pour toutes les fermes

La Confédération paysanne met tout en œuvre pour défendre auprès du gouvernement les paysans et les paysannes qui subissent déjà les conséquences de cette crise sanitaire. Nous revendiquons à pouvoir bénéficier du maximum de mesures de soutien. L'aide annoncée d'un montant de 1500€, conditionnée à l'arrêt complet de l'activité ou à une perte à hauteur de 50% du chiffre d'affaire ne bénéficiera pas à tous les agriculteurs. Les pertes économiques devront être indemnisées sous forme forfaitaire afin que les exploitations diversifiées y aient accès. Nous ne tolérerons pas un seul paysan de moins à la sortie de cette crise.

 

Il faut d'urgence une réponse politique d'envergure, afin de garantir le bon fonctionnement des filières de production et soutenir la pérennité des fermes qui devront assurer leur fonction nourricière, bien au-delà de cette crise. L'alimentation et l'agriculture doivent redevenir dès demain l'un des socles et des fondements de nos sociétés. Notre métier de paysan, producteur d'alimentation, doit retrouver un statut et un revenu à la hauteur de l'enjeu auquel nous répondons : satisfaire le besoin premier de la population de se nourrir sainement, en quantité et qualité.

 

Olivier Bel,  porte-parole régional

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