En PACA, la Région fausse le jeu du pluralisme syndical agricole
La Confédération paysanne Provence-Alpes-Côte d'Azur dénonce la décision de la Région de modifier la clé de répartition de la subvention qu'elle verse depuis 2008 aux syndicats agricoles représentatifs. Jusqu'ici, cette aide se calquait sur les modalités de calcul du financement national des syndicats agricoles : 75% selon les voix recueillies aux élections professionnelles, 25% selon les sièges obtenus à la chambre d'agriculture. La Région la remplace désormais par un calcul intégralement fondé à 100% sur le nombre de sièges, alors même que le scrutin donne déjà un avantage structurel à la liste arrivée en tête, qui obtient la moitié des sièges avant répartition proportionnelle du reste.
La Région invoque un objectif de “simplification” pour justifier ce changement. Le calcul initial n'avait pourtant rien d'insurmontable, puisqu'il a été appliqué sans difficulté pendant des années, et reste d'ailleurs en vigueur dans d'autres régions ainsi qu'au niveau national. La Région ne peut pas non plus invoquer un contexte de contrainte budgétaire, puisque l'enveloppe globale demeure inchangée, à 200 000 euros.
Comment comprendre dès lors ce changement de règle ? Avec le mode de calcul jusque-là en vigueur, le revers électoral de la FNSEA* et des JA* aux élections professionnelles de 2025 aurait entraîné une baisse de leurs financements. Avec ce nouveau mode de calcul, ils trouvent pourtant auprès de la Région un appui bien opportun. Pour la Confédération paysanne, en revanche, la subvention diminue de 42 %, en mettant en péril la structure régionale du syndicat malgré des scores en légère hausse !
En réduisant notre capacité de fonctionnement, la Région affaiblit directement la voix des 26% d'agriculteurs et d'agricultrices de la région qui ont exprimé leur soutien à la Confédération paysanne lors des élections professionnelles. Plus largement, cette décision porte atteinte à la reconnaissance des corps intermédiaires et au respect du pluralisme syndical. Elle s'inscrit dans un mouvement plus large d'ostracisation des organisations qui défendent l'agriculture paysanne, au profit d'une concentration croissante des financements et des pouvoirs autour de la chambre d'agriculture.
Rappelons enfin que l'exécutif régional actuel a été élu en 2021 dans le cadre d'un front républicain, grâce au retrait de la liste de gauche. Il a donc la responsabilité de représenter l'ensemble des électeurs et des électrices, et non de porter un projet de société dicté par les tenants de l'agro-industrie. Or les idées défendues par la Confédération Paysanne — agriculture paysanne, autonomie des fermes, préservation des ressources et de la biodiversité, lutte contre le réchauffement climatique — sont largement soutenues par les citoyens et les consommateurs, comme l'ont encore montré les mobilisations récentes contre la loi Duplomb. La canicule et la sécheresse que nous traversons actuellement nous rappellent avec force que soutenir d'autres modèles agricoles n'a rien d'un choix marginal : c'est une nécessité.








