Session de la Chambre régionale d’agriculture PACA : Face aux crises agricoles, la Confédération paysanne PACA défend une vision de long terme
11.03.2026 - Une agriculture française « à un tournant »
La session a été marquée par une intervention de l'économiste Thierry Pouch, qui a présenté les perspectives de la production agricole française. L'excédent commercial agroalimentaire français étant devenu déficitaire pour la première fois depuis 1978, l'agriculture française se trouverait aujourd'hui à un tournant, dans un contexte de transformations économiques, géopolitiques et environnementales profondes.
La Confédération paysanne PACA partage certaines des pistes évoquées pour répondre à ces évolutions, notamment la nécessité de sortir l'agriculture des accords de libre-échange et de mieux soutenir les transitions agricoles. Cependant, l'examen centré sur les échanges internationaux, et donc des filières longues, ne rend pas visible la dynamique des productions et commercialisations locales et territoriales, pourtant indispensables pour construire des politiques agricoles durables et repenser notre souveraineté alimentaire. Les élu·es de la Confédération paysanne ont donc rappelé que la situation actuelle est aussi le résultat de choix politiques agricoles engagés depuis plusieurs décennies, que nous n'avons eu de cesse de dénoncer. La réponse ne peut dès lors pas se limiter à des mesures conjoncturelles : elle suppose de repenser les politiques agricoles dans la durée, en mettant au cœur des politiques publiques le maintien d'un tissu agricole dense et d'un revenu décent.
Viticulture : sortir de la logique des plans d'urgence
Dans ce contexte, la Confédération paysanne a également exprimé ses réserves face à la multiplication de dispositifs d'urgence, comme le plan d'arrachage actuellement proposé en viticulture. Ainsi, comme l'a souligné M. Isouard, Elu Confédération paysanne à la Chambre : « Sur les 80 000 vignerons que compte aujourd'hui la France, on cherche à en faire disparaître certains pour permettre aux autres d'exister. C'est ce qui s'appelle la concurrence et la croissance, quitte à laisser des collègues sur le bord de la route. Notre priorité est au contraire d'arrêter l'érosion et de préserver un tissu agricole plus étoffé. »
Ces dispositifs risquent donc de reproduire les mêmes déséquilibres à moyen terme si la question du partage de la production, de la régulation des marchés, et du renouvellement des générations agricoles n'est pas posée.
Souveraineté alimentaire : élargir la réflexion
Alors que le gouvernement lance des conférences sur la souveraineté alimentaire visant à construire un plan national de production et de transformation à horizon dix ans, la démarche engagée se limite pour l'instant principalement à une approche par filière.
Pour la Confédération paysanne, la souveraineté alimentaire ne peut pourtant pas être abordée uniquement sous cet angle : le revenu agricole n'est d'ailleurs pas toujours généré par des filières structurées ! Nous avons donc demandé que soient intégrées les conditions qui rendent possible la production agricole : l'installation et la transmission des fermes, la préservation du foncier agricole, la gestion de la ressource en eau ou encore l'adaptation des systèmes de production aux réalités climatiques.
Installation : préparer collectivement la réforme de l'accompagnement
Les élu·es de la Confédération paysanne ont enfin présenté une motion concernant la réforme du dispositif d'accompagnement à l'installation et à la transmission agricole prévue par la Loi d'Orientation Agricole de 2025, qui entrera en vigueur en 2027 avec la mise en place du dispositif France Services Agriculture. Cette réforme redéfinit en profondeur l'organisation de l'accompagnement des porteurs de projet, en confiant aux Chambres d'agriculture la mission de service public d'accueillir les porteurs de projet avant de les orienter vers un ensemble de structures d'accompagnement agréées.
Or la région Sud se distingue aujourd'hui comme la seule de l'Hexagone à ne pas avoir engagé de phase test en 2026, pourtant prévue pour permettre aux structures concernées de préparer collectivement la mise en œuvre du futur dispositif. La Confédération paysanne demande que l'État, à travers la DRAAF, organise rapidement un cadre de travail pluraliste associant l'ensemble des acteurs concernés afin d'anticiper la réforme et d'en garantir une mise en œuvre transparente et cohérente.
L'enjeu est majeur : alors que la moitié des agriculteurs et agricultrices partiront à la retraite dans les dix prochaines années, environ 700 personnes s'installent chaque année en région PACA, avec des profils et des projets de plus en plus diversifiés. Répondre à ce défi suppose de s'appuyer sur un réseau de structures capable d'accompagner cette diversité de parcours et de favoriser l'installation de nouvelles générations d'agriculteurs et d'agricultrices.
Contact presse :
PRUNET Lorraine, Secrétaire adjointe de la Confédération Paysanne PACA, et élue à la Chambre régionale d'agriculture, 06 71 13 09 65








