Provence Alpes Côte d'Azur

APICULTURE

L'Assemblée nationale vote l'interdiction des néonicotinoides

20.03.2015 Le 19 mars l'Assemblée nationale a voté, en première lecture, un amendement qui prévoit l’interdiction de l’usage des phytosanitaires de la famille des néonicotinoïdes à compter du 1er janvier 2016. Ce vote qui ne suit pas l'avis du gouvernement doit maintenant être confirmé par les sénateurs dans les mois à venir. Rien n'est joué car ce sont ces mêmes sénateurs qui ont rejeté une résolution proposant un moratoire sur l'utilisation des néonicotinoides début février. La Confédération paysanne contacte les sénateurs de PACA pour les informer du risque que représente ce pesticide pour le fonctionnement des écosystèmes, pour la faune du sol, pour la santé humaine et pour la sécurité alimentaire à moyen terme.

Lettre aux sénateurs

L'Assemblée nationale a voté, le 19 mars, l'interdiction à compter de janvier 2016 des produits phytosanitaires de la famille des néonicotinoides. Nous espérons vivement que les sénateurs, qui seront prochainement appelés à se prononcer sur ce texte, suivront l'avis des députés.

L'utilisation de ces insecticides induit des risques pour le fonctionnement des écosystèmes terrestres et aquatiques, et leur contribution au recyclage de la matière organique, au cycle des éléments nutritifs, à la production alimentaire, à la lutte biologique et à la pollinisation des végétaux sauvages et cultivés.

Ils sont très agressifs pour la faune du sol qui est la base d'un sol vivant agronomiquement, qui permet d'obtenir des rendements économiquement viables pour l'agriculteur tout en diminuant l'utilisation d'intrants chimiques. Les pollinisateurs sont indispensables pour la production de nombreuses espèces cultivées. L'effondrement des écosystèmes qui suivrait la disparition des espèces pollinisatrices aurait des conséquences catastrophiques et incalculables. Mais dans le seul domaine de la pollinisation des espèces cultivées, on estime que le coût direct immédiat de leur disparition s'élèverait pour l'UE* à 28,5 milliards de dollars US par an. En France, 75 % des colonies nécessaires à une pollinisation complète font d'ores et déjà défaut.

Le Sénat a voté à l'unanimité le rapport d'information de la mission commune sur les pesticides et la santé «Pesticides vers le risque zéro ». Parmi les recommandations de ce rapport (page 273) figure la formation d'agronomes et d'entomologistes pour réduire l'usage des pesticides : les contributions des écosystèmes terrestres et aquatiques sont indispensables à cette réduction. Sans ces contributions, il n'y a pas d'agroécologie possible, pas d'agriculture bio, pas d'agriculture paysanne.

Maintenir l'utilisation des néonicotinoïdes, c'est maintenir un obstacle à l'évolution vers une agriculture plus respectueuse de la santé et de l'environnement. De plus ces pesticides présentent des risques pour la santé, l'agence européenne EFSA a émis un communiqué à ce sujet.

Les néonicotinoïdes ne sont pas indispensables à la production agricole, de nombreuses études montrent que leur utilisation n'augmente pas les rendements pour les grandes cultures, céréales et oléagineux.

L'usage des néonicotinoïdes en productions fruitières et légumières est particulièrement

préoccupant :

  • D'une part, dans ces productions, l'exposition humaine à ces molécules y est directe

et répétée, et combinée à de nombreuses autres molécules pesticides. Quant à la protection des consommateurs, seule une fraction minime des productions mises sur le marché sont l'objet de contrôle de taux de résidus.

  • Mais d'autre part, s'il existe des techniques alternatives aux néonicotinoïdes (biocontrôle,

prophylaxie, filets anti-insectes, lutte biologique...) pour tous leurs usages en fruits et légumes, leur coût global demeure nettement supérieur. Pour ces productions, parmi les plus en difficulté en France, la dérive chimique des pratiques phytosanitaires découle directement d'une situation économique de concurrence extrême et distordue, et de leur exclusion des principaux dispositifs de soutien de la PAC*. Même les dispositifs de l'OCM*, qui proposent -sous conditions- le cofinancement de certaines démarches alternatives, excluent plus de la moitié des producteurs.

 

Ainsi, si l'urgence sanitaire commande aux pouvoirs publics d'agir au plus vite pour le retrait des néonicotinoïdes, leur fonction de béquille économique ne saurait être ignorée : des politiques publiques de nature à réduire le coût des approches alternatives et à permettre la juste rémunération de l'acte de production doivent assurer la solidité de la transition agroécologique.

L'expertise scientifique collective « Pesticides, agriculture et environnement » Inra*-Cemagref, 2005, commandée par le ministère de l'agriculture, affirme:

« (Les pesticides) favorisent le développement de manières de produire et de protéger qui sont des non-sens agronomiques, économiques, ou environnementaux Depuis plusieurs décennies, l'agriculture française, et la recherche qui l'accompagne, se développent sous un écran de produits chimiques qui masquent ces réalités…

Dépendre autant d'un seul instrument de contrôle, qui de surcroît empêche l'élaboration d'autres raisonnements, est intrinsèquement dangereux »

Dix ans plus tard la situation n'a guère changé, mais la connaissance des conséquences de l'utilisation massive des pesticides s'est accrue et le rapport de la mission commune d'information y a contribué.

L'Agence Européenne de l'Environnement estime que maintenir l'utilisation généralisée des néonicotinoïdes augmente le risque de préjudice grave pour l'environnement et menace la sécurité alimentaire.

Il est grand temps de prendre des décisions qui permettent de mettre en oeuvre le développement de l'agroécologie voulue par le gouvernement, et de l'agroécologie paysanne pratiquée par de nombreux paysans français. L'interdiction des néonicotinoïdes y contribuera.

 

Mesdames les Sénatrices, Messieurs les Sénateurs, la Confédération paysanne espère que vous pourrez dépasser le constat fait en 2012, et que vous aurez à coeur de prendre une décision allant dans le sens des recommandations inclues dans votre rapport « Pesticides : vers le risque zéro » en votant l'amendement prévoyant l'interdiction des néonicotinoides à partir de janvier 2016.

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